
Les questions sur ma vie nomade
"La vérité peut être inconfortable, mais elle est libératrice"
Les questions qui reviennent souvent
Elles dépendent indirectement des peurs de celui qui m’interroge, chacun visualise instinctivement sa propre crainte prioritaire dans la perspective d'un voyage tel que le mien, d’une manière générale, il me fallait bien une page entière pour répondre, découvrez toutes les réponses aux préoccupations de la vie terrifiante de nomade en camion aménagé.

Trouves-tu de l'eau Facilement ?

Les fontaines, toilettes publiques, les cimetières offrent facilement de l’eau provenant du réseau humain. J’aime également la puiser dans les ruisseaux, ceux des montagnes sont mes favoris. J’utilise une fontaine filtrante de marque Berkey, me permettant de boire pratiquement toutes les eaux, ma magicienne filtre entièrement les impuretés, les métaux lourds et autres maudits PFAS, toutes les saloperies rejetées par l’humain, elle m’est indispensable, je la recommande régulièrement aux autres voyageurs, je ne bois jamais l’eau de mes réserves en bidon, et m'épargne les eaux en bouteilles plastiques autant que possible.
Dès mes premières sorties, je me suis vite rendu compte que stocker l’eau était capital, j’ai commencé par emmagasiner 20 litres, puis 40, mes "reserves" atteignent aujourd'hui 90 litres, je pense que c'est un minimum pour une vie à temps plein. J’utilise les bidons de la marque EDA, très connus, ce sont les plus répandus dans les magasins, mais leurs robinets sont peu fiables et fragiles, je recommande d’investir dans des bidons de meilleure qualité. J’ai appris à économiser cet or blanc, ma consommation dépasse rarement en moyenne 10 litres par jour en hiver et moins de 7 en été où j'utilise davantage les rivières pour me laver (la moyenne utilisée par un Français sédentaire est de 149 litres), je retire une certaine fierté d’économiser cette eau si précieuse.
J’utilise l’eau pour ma vaisselle, ma toilette, et ma consommation, ma cuisine, mais dès que j’ai la possibilité, j’utilise les rivières sans jamais y déverser une goutte de produits naturels ou pas, même si j’ai banni toutes les recettes dégueulasses créées par les lobbys de la savonnette industrielle, j'emploie exclusivement les plus sains et je mange essentiellement bio. Il m’arrive de faire ma vaisselle dans les flaques d’eau, évidemment toujours sans produits même naturels, ceux que j'utilise avec parcimonie sont le savon d’Alep pour ma toilette, l'eau oxygénée pour mon hygiène dentaire, le vinaigre blanc et le bicarbonate pour la propreté de mon intérieur.

Le savon d'Alep, respectueux de l'environnement, est le compagnon idéal du voyageur.

Et les douches c'est comment ?
Les nomades ne se lavent pas, dit-on, eh bien… pour ma part, c’est faux, bien au contraire. Ma façon de me laver diffère suivant le temps ou l’endroit. Seul sur un spot, la douche c’est dehors, si l’endroit est sauvage, je prévois une issue de secours au cas où quelqu’un passe, mais la meilleure protection de mon intimité (non, mais !) est un grand rideau de douche que je tends avec une corde (solidement !) d’une porte à l’autre, un tapis de bambou et le tour est joué, ce « kit » est toujours prêt à l’emploi, mais j’avoue préférer me baigner dans une rivière, un lac ou un étang et là, croyez-moi, la douche, c’est plusieurs fois par jour. En hiver, j'aime braver le froid, j’ai appris à le faire, c’est bon pour l’immunité. Cependant, la bonne vieille technique du gant de toilette à l’intérieur est celle que j’utilise le plus souvent en pensant à mes ancêtres.
En hiver, je ne me lave pas tous les jours, oh sacrilège ! Eh bien non, car si les publicités des savonniers nous ont conditionnés à le faire, ce n’est pas très bon pour notre peau et que le nomade qui ne l’a jamais fait me jette la première savonnette.
L’anecdote : La création d’une douche dans mon Charlie a été l’un de mes premiers travaux, peaufinant la finition : bac, chauffe-eau au gaz, douchette, isolation, évacuation, puis, je pris du recul : en avais-je réellement l’utilité ? Était-ce un confort réel pour moi et pouvais-je m’en passer ? Surtout, j’observais qu'elle entamait un espace trop conséquent, je lui privilégiais d’autres alternatives et démontais l’intruse beaucoup plus rapidement que je l’avais conçue.
Quand je suis en pleine forêt, je colle un cache sur mon cucul
Comment fais-tu l'hiver ?
"Je suis un être humain" revendiquait John Merrick, et bien moi aussi, donc, oui, j’ai froid, mais je m’emploie à ce frissonner le moins possible.
Comment je fais ? Je possède uniquement un petit chauffage à gaz, que je ne laisse que quelques minutes, j’utilise aussi l'air chaud pulsé du camion, et avant d'entendre mugir les tollés écologistes comme de féroces soldats de l'humanité religieuse, je me justifierai en défendant ma faible consommation de CO2, dans ce cas de chauffage utilisé, seulement 15 minutes par jour quand d'autres font tourner leur chaudière toute la journée.
Même suffisamment isolé, un camion ne conserve pas sa chaleur, il faut donc employer d’autres moyens surtout la nuit où je déconseille de laisser tourner un chauffage, quand nous dormons, il nous est impossible de contrôler les échappements, l'espace réduit, différent d'une grande maison est un risque que je ne prendrai jamais.

Ne cherchez pas plus loin, la douche portable proposée par Décathlon ( oui l'écolo que je suis fait parfois des infidélités à ses convictions ) est de loin la meilleure que je connaisse, de fabrication robuste, elle est composé d'un réservoir, d'une' douchette flexible pratique, il suffit de la poser par terre et de pomper, la pression interne fera le reste, sa contenance de 10 litres est largement suffisante, 5 à 6 litres me suffisent, je procède en 2 étapes, friction et rinçage, je chauffe un tiers de son contenu.

1 rideau de tissu, 1 plastique épais déroulant, 1 double rideau en laine épaisse + l'isolation en laine de mouton des portes quand elles sont fermées constituent ma protection contre les frimas.
Je calfeutre le pare-brise intérieur avec une mousse isolante que j'ai découpée soigneusement aux dimensions de la vitre pour éviter les ponts thermiques, j'ai conforté l’arrière par d’épais rideaux de laine et ajouté la même mousse, toujours amovible, le sol est isolé avec du liège, l’hiver j’y joins plusieurs tapis.
Ma couette en plume m’est indispensable, j’en possède une épaisse pour l’hiver et une autre plus légère pour l’été. (je songe investir pour une couette en laine réputée d’une faculté inégalée à conserver la chaleur ), je rajoute 2 ou 3 couvertures bien chaudes, deux bouillottes ( une aux pieds, l’autre au niveau du dos ), ça, c’est indispensable, et s’il fait très froid, je couvre mes extrémités ( pieds, mains, tête ), j’enfile 2 tee-shirts longs, dont un très chaud et confortable. Bien sûr, ça, ce sont mes techniques de combat pour les conditions les plus extrêmes.
Je me pelotonne sous la couette, bien au chaud ( rien de plus efficace que les bouillotes, même mon chien Amour, mon chien possède la sienne). Je suis confortable avec une température comprise entre 10 à 19 degrés, bien sûr, elle redescend la nuit, je constate généralement une différence de 4 à 6 degrés avec l'extérieur.
Donc, oui, vous comptez bien, quand le zéro pointe son nez dehors, le thermomètre intérieur affiche un beau 4. C'est donc un levé des plus ardu qui m'attend le matin, ces quelques minutes où j'aime bien flâner sous la couette avant de m'habiller chaudement et de me réadapter en quelques minutes.
Le soleil, le vent, la pluie influent sur la tôle, ainsi, je prévois de me protéger près d’une lisière, d’un mur, d’une butte, ou près d'un village, j’évite les endroits froids et venteux.
En journée, le chauffage au gaz me suffit, c’est le grand luxe, en aérant régulièrement pour éviter l’accumulation du monoxyde de carbone.
De nombreux véhicules de loisirs, fabriqués en série, sont excellemment équipés d’un chauffage performant et sécurisés, le gaz et le gasoil comme moyen de combustible sont les plus utilisés, des artisans proposent des chauffages au bois.
Peut être m'y conformerais-je un jour, mais pour le moment, le manque de place ne me décide pas, et puis j'avoue aimer apprendre à vivre avec les éléments naturels, le froid en est un.
Le chauffage électrique, trop énergivore, est à proscrire sauf en appoint si vous possédez un apport énergétique important ou côtoyez les campings ou les aires équipées de bornes électriques.
Nombre de voyageurs migrent comme les grues vers les pays chauds l’hiver, c'est une alternative que j'ai pratiquée.
Mais la résolution que je perçois essentielle à mon sens est de s’acclimater à vivre avec les températures, décroître notre « seuil » de tolérance, et s’y accoutumer, je suis malgré tout quelqu’un de frileux, mais j’arrive à m’accommoder en compagnie de 10 degrés, mon frêle tee-shirt me suffit à 14 degrés.



Comment gères-tu la solitude ?
Pour ceux qui aspirent s’initier au voyage en solitaire, se retrouver face à soi-même peut devenir un véritable affrontement, une peur viscérale qui peut bloquer toute initiative de départ. Quand nous partons seuls, le premier soutien dont nous avons besoin est le nôtre, il faut s’aimer ou envisager l’initiative d’apprendre, je dissuaderai de prendre la route en solitaire, sans cette condition ou sans vouloir consentir du temps à l'apprentissage à s’aimer, à ce propos, je suggèrerais de lire ou relire les écrits de Schopenhauer qui affirmait que « la solitude est le lot des esprits élevés » et de travailler sur la conception des bienfaits de la solitude. Notre société exige une vie communautaire, justement la vie en Van permet de nous en échapper, ce qui ne signifie pas que nous devrons vivre exclusivement en autarcie, mais bien à l’inverse, nous rapprocher de nous pour mieux nous approcher des autres, mieux nous connaitre pour connaitre ceux qui nous sont inconnus, personnellement je ne me suis jamais autant nourri de rencontre que depuis mes voyages. C’est souvent cette absence d’amour propre qui nous freine, cette question que nous nous posons en boucle avec une peur incoercible : qu’est-ce que je pourrais faire seul face avec moi-même et comment va me regarder la société ? La société, on s’en fout, la véritable intelligence n’a pas besoin de validation extérieure, on nous a préparés à vivre en couple depuis notre enfance, et si nous apprenions à redécouvrir l’être unique que nous représentons ?
C’est certain, nous allons trouver des occupations. Prendre soin de nous en est une, nos passions en sont d’autres, et puis la vie de nomade nous entraine vite dans le tourbillon des belles choses et on ne s’ennuie jamais, il y a toujours quelque chose à faire, un truc à réparer ou à améliorer, la première de nos occupations est de voyager, et qui dit voyage dit jamais seul. Sommes-nous réellement seuls ? À nous de choisir si nous allons passer du temps avec notre belle personne au cœur d’une clairière dans la forêt ou poser nos roues au milieu d’un village où nous rencontrerons ses habitants durant notre séjour. Avez- vous déjà fait l’expérience de vous assoir sur une chaise sur la place d’un village ? Faites-le, et vous verrez comme vous allez effacer rapidement votre solitude, et si en plus vous avez un habitat roulant derrière vous, vous constaterez à quel point vous attiserez inévitablement la curiosité. Personnellement, même si je suis sauvage, je n’ai jamais rencontré autant d’humains depuis mes périples à la Lucky Luke, et je me surprends à aller beaucoup plus naturellement vers les inconnus, et parfois quand il m'arrive de ressentir la solitude, je prends mon bâton de pèlerin et je file parcourir la ville, j’y rencontre forcément quelqu’un, un passant, un commerçant, un gars du village, une troupe assemblée, ou un nomade comme moi. J’aime rencontrer et connaître de nouvelles personnes, toutes différentes. Vous allez me dire, oui, mais le partage de la vie quotidienne ? Certes, c’est vrai, mais sommes-nous moins seuls quand nous sommes célibataires sédentaires ? Pour ceux qui doutent encore, un chien ou un chat sont d’excellente compagnie et croyez moi, ils facilitent les rapprochements humains, je remarque qu’à travers mon chien, c’est parfois vers moi que les gens souhaitent s’approcher, il est un lien, sans minimiser l’attrait de mon brave compagnon, mais souvent, une fois la caresse prodiguée, le sujet de ma condition de voyageur s’avère davantage intrigante au chaland nous amenant à engager une conversation intéressante et parfois devenir amis.
Je ne saurais me passer de mon compagnon poilu, il m’offre une sécurité, une présence, un partage et m’avertit de la moindre intrusion autour de notre habitat quelles soient humaine ou animale.